La pliométrie est partout dans la préparation physique du footballeur. Sauts sur box, haies, bondissements, travail sur une jambe, drop jumps… Il suffit de quelques minutes sur les réseaux sociaux pour trouver des centaines d’exercices.
Le problème n’est donc plus de trouver des exercices.
Le problème, c’est de savoir lesquels choisir, pourquoi les utiliser, combien en faire, quand les placer et comment progresser.
Parce qu’un exercice n’est qu’un outil.
La pliométrie peut être intéressante pour développer plusieurs qualités utiles au football, notamment le saut, le sprint et les changements de direction. Mais empiler des sauts au hasard ne constitue pas une programmation. Les adaptations dépendent aussi du type d’exercice, du volume, de l’intensité, de la fréquence, des récupérations et de la manière dont le travail s’intègre au reste de l’entraînement.
Dans ce guide, l’objectif est donc de comprendre la logique avant de chercher une séance toute faite.
La pliométrie, c’est quoi exactement ?
La pliométrie utilise le cycle étirement-raccourcissement, souvent abrégé CER en français ou SSC en anglais.

Il s’agit d’un enchaînement rapide entre une action où l’unité muscle-tendon s’allonge et une action où elle se raccourcit. Ce fonctionnement intervient dans de nombreux mouvements explosifs comme les sauts et les accélérations.
Un exemple simple est un saut avec contre-mouvement.
Tu descends rapidement avant de repartir vers le haut.
La descente ne sert pas simplement à « prendre de l’élan ». Le système neuromusculaire et les structures musculo-tendineuses participent à ce cycle et permettent de produire efficacement le mouvement qui suit.
C’est ce fonctionnement que l’entraînement pliométrique cherche notamment à solliciter et développer.
Tous les sauts ne se ressemblent pas
Deux exercices peuvent ressembler à de la pliométrie sur une vidéo tout en imposant des contraintes très différentes.
Compare par exemple :
- plusieurs petits rebonds rapides de cheville ;
- un saut horizontal maximal avec réception stabilisée ;
- des bounds alternés ;
- un drop jump avec rebond immédiat ;
- un saut latéral sur une jambe.
Ils diffèrent par leur direction, leur intensité, le temps disponible pour produire la force, le nombre d’appuis utilisés ou encore la contrainte imposée à la réception.
C’est pourquoi demander :
« Quel est le meilleur exercice de pliométrie pour le foot ? »
n’a pas vraiment de sens sans connaître l’objectif.

Pourquoi faire de la pliométrie au football ?
Le football comporte de nombreuses actions nécessitant de produire rapidement de la force : accélérations, sauts, changements de direction ou encore certaines situations de duel.
L’intérêt de la pliométrie ne repose cependant pas seulement sur cette ressemblance avec le terrain : ses effets ont été étudiés directement chez les footballeurs.
Une méta-analyse publiée en 2025 portant sur des footballeurs adolescents a observé, par rapport à l’entraînement de football seul, des améliorations moyennes de la performance en saut, en sprint et en changement de direction après des interventions pliométriques. L’effet observé était modéré pour le saut et les changements de direction et plus faible pour le sprint.
Les résultats ne signifient pas que chaque exercice pliométrique améliore automatiquement toutes ces qualités.
Ils montrent plutôt que la pliométrie peut constituer un outil intéressant dans une préparation physique plus complète.
Améliorer les qualités de saut
C’est probablement l’adaptation la plus évidente.
Chez les jeunes footballeurs, la méta-analyse de 2025 retrouve notamment des améliorations sur différents tests de saut comme le countermovement jump, le squat jump et le saut horizontal.
Contribuer au développement du sprint
La pliométrie peut également contribuer au développement de la performance de sprint.
Dans cette même analyse, des améliorations ont été observées sur 10, 20 et 30 mètres, même si l’effet moyen sur le sprint était moins important que celui retrouvé pour le saut.
Elle ne remplace donc pas le sprint.
Elle constitue un moyen complémentaire parmi d’autres pour développer les qualités nécessaires à l’accélération et à la vitesse.
Contribuer aux changements de direction
Des effets positifs sont également retrouvés sur certaines mesures de changement de direction, mais ils ne sont pas systématiques selon tous les tests utilisés.
Là encore, il faut éviter le raccourci :
« Je fais des sauts latéraux, donc je vais automatiquement devenir meilleur en changement de direction. »
Le changement de direction dépend de plusieurs qualités et doit aussi être entraîné spécifiquement.
Le piège : chercher uniquement les meilleurs exercices de pliométrie
Tu trouveras facilement des listes de :
- box jumps ;
- squat jumps ;
- drop jumps ;
- bounds ;
- hurdle jumps ;
- sauts latéraux ;
- sauts sur une jambe.
Mais connaître vingt exercices ne signifie pas savoir programmer une séance.
Avant d’en choisir un, pose-toi plutôt plusieurs questions :
Qu’est-ce que je veux développer ?
Dans quelle direction dois-je produire ou absorber de la force ?
Est-ce que je recherche un effort maximal ou davantage de réactivité ?
Combien de contacts vais-je réaliser ?
Combien de récupération ai-je besoin pour conserver la qualité ?
Qu’ai-je fait la veille et qu’est-ce que j’ai demain avec mon club ?
C’est ce changement de logique qui transforme une collection d’exercices en véritable travail de préparation physique.
Les différentes formes de pliométrie

Il n’existe pas une seule forme de pliométrie.
Un programme peut manipuler plusieurs caractéristiques.
Pliométrie verticale
La force est principalement exprimée dans une direction verticale.
Exemples :
- countermovement jump ;
- hurdle jump vertical ;
- rebonds verticaux ;
- certains drop jumps.
Elle peut notamment être utilisée lorsque l’objectif concerne des qualités de saut vertical ou certaines expressions de force dans cette orientation.
Pliométrie horizontale
La projection se fait davantage vers l’avant.
Exemples :
- broad jump ;
- bounds ;
- hops horizontaux.
Le choix entre travail vertical et horizontal ne doit cependant pas devenir une règle simpliste du type :
horizontal = sprint
vertical = détente.
Les performances sportives résultent de mécanismes plus complexes et la programmation peut avoir intérêt à combiner différentes orientations selon l’objectif et le joueur.
Pliométrie latérale
Les déplacements se font principalement dans le plan latéral.
On peut par exemple utiliser des sauts ou bondissements latéraux, bilatéraux ou unilatéraux.
Cette orientation devient particulièrement intéressante lorsqu’on veut exposer le joueur à des contraintes qui ne sont pas uniquement verticales ou vers l’avant.
Bilatéral ou unilatéral ?
Un exercice bilatéral utilise principalement les deux jambes simultanément.
Un exercice unilatéral impose davantage la contrainte sur une jambe.
Les deux ont leur intérêt.
Une méta-analyse publiée en 2025 sur différentes populations sportives suggère d’ailleurs des adaptations partiellement spécifiques aux modalités unilatérales et bilatérales plutôt qu’une supériorité absolue de l’une sur l’autre.
Au football, où de nombreuses actions sont réalisées avec des appuis asymétriques, il serait donc réducteur de construire tout son travail uniquement avec des sauts à deux jambes.
Mais cela ne signifie pas non plus que tous les exercices doivent être unilatéraux.
Comment choisir un exercice de pliométrie ?

Au lieu de commencer par le nom de l’exercice, commence par l’objectif.
1. Quel est l’objectif ?
Veux-tu principalement travailler :
- une production de force importante ?
- la réactivité ?
- l’orientation horizontale ?
- l’orientation verticale ?
- les contraintes latérales ?
- la capacité à absorber puis réutiliser rapidement la force ?
Le même exercice ne répondra pas parfaitement à toutes ces questions.
2. Dans quelle direction ?
Verticale, horizontale ou latérale.
La direction constitue une première façon simple de classer tes exercices.
3. Un ou deux appuis ?
L’exercice peut être :
- bilatéral ;
- unilatéral ;
- alterné.
Cela modifie fortement la contrainte.
4. Quelle intensité ?
Dix petits rebonds de cheville et cinq bonds horizontaux maximaux ne représentent pas dix et cinq « répétitions » comparables.
Compter uniquement les contacts ne suffit donc pas.
Un contact au sol n’est pas une unité universelle d’intensité.
5. Est-ce adapté à ton niveau actuel ?
L’exercice le plus spectaculaire n’est pas forcément celui dont tu as besoin.
La maîtrise de la réception, le contrôle du mouvement et la capacité à produire des répétitions de qualité doivent conditionner la progression.
Il n’existe par ailleurs pas de preuve soutenant l’idée qu’un jeune devrait obligatoirement atteindre un seuil arbitraire de force — par exemple un squat à 1,5 fois son poids de corps — avant de pouvoir effectuer toute forme de pliométrie. Les recommandations de la NSCA soulignent plutôt l’importance d’exercices adaptés, d’une progression raisonnable et d’un encadrement approprié.
Combien de pliométrie faut-il faire ?
C’est ici que les choses deviennent intéressantes.
Tu peux lire :
« Fais 60 contacts. »
ou :
« Une séance = 100 sauts. »
Le problème est que 100 contacts ne veulent rien dire seuls.
Cent contacts de faible intensité ne représentent pas la même contrainte que cent sauts maximaux.
La revue spécifique à la programmation pliométrique chez les footballeurs rapporte des protocoles très variés. Sur la base des données disponibles, les auteurs évoquent notamment autour de 80 sauts par séance dans certaines configurations efficaces, mais précisent également que la recherche permettant de déterminer les paramètres optimaux reste limitée.
Il faut donc considérer les nombres comme des repères issus de protocoles étudiés, et non comme une ordonnance universelle.
Le volume doit être interprété avec :
- l’intensité ;
- le type de saut ;
- le niveau du joueur ;
- son exposition habituelle ;
- les autres contraintes de la séance ;
- la semaine d’entraînement.
Nous développerons précisément cette question dans le guide combien de contacts, séries et répétitions faire en pliométrie.
Combien de séances de pliométrie par semaine ?

La littérature spécifique au football rapporte fréquemment une ou deux séances hebdomadaires.
Dans une revue de 90 études, la fréquence moyenne était de deux séances par semaine, avec cependant des protocoles allant d’une à six expositions. Lorsque le volume hebdomadaire était identique et modéré, certaines comparaisons n’ont pas montré de différence claire entre une et deux séances hebdomadaires sur les adaptations à court terme.
La vraie question n’est donc pas simplement :
« Une ou deux ? »
mais :
« Comment répartir le travail dont j’ai besoin dans ma semaine actuelle ? »
Un joueur qui s’entraîne cinq fois avec son club n’a pas la même marge de manœuvre qu’un amateur avec deux entraînements.
Nous verrons cette question en détail dans combien de séances de pliométrie par semaine pour un footballeur ?
Combien récupérer ?
La pliométrie ne doit pas systématiquement être transformée en circuit cardio.
Si l’objectif est de produire des actions de haute qualité, la récupération doit permettre de maintenir cette qualité.
Dans la revue spécifique au football, les protocoles efficaces utilisent des récupérations variables, avec des repères tels que moins de 15 secondes entre certaines répétitions, au moins 30 secondes entre les séries et au moins 24 à 48 heures entre les séances dans les configurations synthétisées par les auteurs. Là encore, ces valeurs décrivent des repères issus de la littérature et non une recette valable pour chaque exercice.
Plus l’exercice devient exigeant et maximal, plus la qualité de chaque répétition prend de l’importance.
Quand placer la pliométrie dans une séance ?

Lorsque l’objectif est principalement neuromusculaire et explosif, il est généralement logique d’effectuer le travail exigeant dans un état relativement frais.
La revue spécifique au football identifie d’ailleurs l’exécution du travail pliométrique dans un état reposé parmi les caractéristiques pouvant favoriser l’efficacité des interventions.
Une organisation simple peut donc ressembler à :
échauffement → préparation au mouvement → pliométrie → sprint/force selon la séance → travail complémentaire.
Mais ce n’est pas une règle universelle.
L’ordre dépend de ce que tu veux prioriser et des autres contenus de ta séance.
Nous consacrerons un article complet à quand placer la pliométrie dans une séance.
Comment intégrer la pliométrie avec ses entraînements de football ?
C’est probablement la question la plus importante.
Tu ne programmes jamais ta pliométrie dans le vide.
Imagine deux joueurs.
Joueur A
- entraînement club : mardi et jeudi ;
- match : dimanche.
Joueur B
- entraînement : lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi ;
- match : samedi.
Même si les deux ont le même objectif, copier exactement la même organisation n’aurait pas beaucoup de sens.
Il faut regarder :
- le nombre d’entraînements ;
- leur contenu ;
- le match ;
- les séances de force ;
- les séances de sprint ;
- la fatigue ;
- le volume pliométrique déjà présent dans le football.
Une possibilité est de regrouper certaines contraintes dans une même séance.
Une autre consiste à répartir de petites quantités de travail dans plusieurs séances.
Cette seconde logique, parfois appelée microdosing, commence d’ailleurs à être étudiée en football. Elle mérite un article spécifique plutôt qu’une conclusion simpliste ici.
La question n’est donc pas :
« Quel jour fait-on de la pliométrie ? »
mais :
« Où cette dose de pliométrie s’intègre-t-elle le mieux dans ma semaine ? »
Comment progresser en pliométrie ?
Progresser ne signifie pas uniquement :
prendre une box plus haute.
On peut augmenter ou modifier :
- l’intensité ;
- la vitesse du cycle étirement-raccourcissement ;
- la direction ;
- le nombre d’appuis ;
- la complexité ;
- la contrainte de réception ;
- le volume ;
- la combinaison des exercices.
La revue sur la programmation chez les footballeurs identifie d’ailleurs la surcharge progressive comme une composante importante des interventions.
Une progression cohérente doit surtout permettre au joueur de maîtriser une contrainte avant d’en augmenter inutilement plusieurs en même temps.
Par exemple, il peut être plus logique d’apprendre à absorber et contrôler correctement une réception avant de chercher systématiquement le rebond le plus rapide possible sur un exercice beaucoup plus exigeant.
À quoi peut ressembler une logique de séance ?
Plutôt que de te donner une « séance parfaite », voici une logique.
Objectif
Développer une qualité précise.
Étape 1 — choisir les familles d’exercices
Par exemple :
- une orientation verticale ;
- une orientation horizontale ;
- éventuellement une contrainte unilatérale.
Étape 2 — définir l’intensité
Tous les exercices ne doivent pas nécessairement être maximaux.
Étape 3 — déterminer le volume
Nombre de séries, répétitions et contacts en fonction de la contrainte créée.
Étape 4 — déterminer la récupération
Assez longue pour préserver l’objectif de la séance.
Étape 5 — replacer la séance dans la semaine
Que s’est-il passé hier ?
Qu’est-ce qui est prévu demain ?
Quand est le match ?
Quel travail est déjà réalisé avec le club ?
C’est seulement après avoir répondu à ces questions que la liste d’exercices devient réellement utile.
Les erreurs fréquentes en pliométrie au football
Copier une séance sans connaître son objectif
Deux joueurs peuvent utiliser des exercices différents pour atteindre le même objectif.
Et le même exercice peut être utilisé différemment selon le contexte.
Compter tous les contacts de la même manière
Un rebond de faible amplitude et un saut maximal ne créent pas la même contrainte.
Le volume seul ne suffit donc pas.
Transformer la pliométrie en cardio
Accumuler les sauts avec très peu de récupération peut modifier complètement la qualité du travail.
Chercher l’exercice le plus spectaculaire
Une box plus haute, davantage de haies ou un exercice plus complexe ne garantissent pas un meilleur stimulus.
Ajouter de la pliométrie sans regarder la semaine
Le football lui-même contient déjà de nombreuses accélérations, impulsions, réceptions et changements d’appui.
Ton travail individuel doit compléter la semaine, pas simplement ajouter de la fatigue.
Ne jamais faire progresser le programme
Reproduire exactement la même séance pendant des mois n’est pas une programmation.
Ce qu’il faut retenir
La pliométrie peut contribuer au développement de qualités importantes pour le footballeur, notamment le saut, le sprint et certains changements de direction.
Mais le principal message de ce guide est ailleurs :
Ne pense pas uniquement en exercices. Pense en programmation.
Avant de faire un saut, demande-toi :
- pourquoi tu le fais ;
- quelle contrainte il crée ;
- combien tu en fais ;
- avec quelle intensité ;
- avec quelle récupération ;
- où il se place dans ta séance ;
- où il se place dans ta semaine ;
- comment tu vas le faire progresser.
C’est cette logique qui permet de passer d’une collection d’exercices à un véritable travail de préparation physique.
Tu veux aller plus loin et apprendre à programmer toi-même ton travail pliométrique ?
Le programme Pliométrie Football de SLprepafoot est construit autour de cette logique : comprendre les différents types de pliométrie, sélectionner les exercices, gérer le volume et les récupérations, les intégrer à tes entraînements club et construire une progression dans le temps.
Ne copie plus des exercices. Apprends à les programmer.


